par Laurent Glatz – pour Athletic Carnivore
Qui est Pelle Lindqvist ?
Pelle Lindqvist est un médecin-chercheur suédois affilié à l’Institut Karolinska. Il a initialement travaillé sur la thromboembolie et indique avoir contribué aux recommandations suédoises concernant les femmes enceintes dans ce domaine. Son parcours inclut également des travaux en génétique. Au fil de ses recherches, il s’est intéressé aux effets systémiques de l’exposition solaire, notamment en observant des liens entre habitudes d’exposition, risque de thrombose et développement du diabète de type 2. Il mentionne être l’auteur d’environ 160 publications scientifiques.
Le paradoxe est brutal : dans la transcription fournie, Pelle Lindqvist rappelle qu’en Suède, le nombre de jours avec un indice UV fort est extrêmement faible, tout en observant une incidence de mélanome élevée. Autrement dit, le risque ne se laisse pas résumer par l’équation simpliste “plus de soleil = plus de danger”. C’est précisément cette réduction abusive qui a structuré le discours public pendant des décennies.
Le soleil n’est pas seulement dermatologique
Le problème physiologique réel n’est pas de savoir si le soleil est bon ou mauvais. Le vrai sujet est celui de la dose, du contexte géographique, du phototype, de la saison, du mode d’exposition et des effets systémiques de la lumière sur le vivant. Réduire l’exposition solaire à un simple facteur de carcinogenèse cutanée revient à ignorer qu’elle agit aussi sur la pression artérielle, l’immunomodulation, l’humeur, le métabolisme énergétique, et potentiellement la mortalité globale.
La croyance populaire dominante repose sur un réflexe binaire : éviter le soleil protégerait mécaniquement la santé. Or la biologie ne fonctionne jamais en binaire. Lindqvist rapporte que, dans ses cohortes, les habitudes d’exposition solaire active sont associées à une baisse du risque de thrombose, à une baisse du risque futur de diabète de type 2, et à une mortalité par cancer plus faible chez les sujets les plus exposés. Ce point ne signifie pas que le rayonnement UV est anodin. Il signifie que l’évitement systématique peut lui-même devenir un facteur de risque lorsqu’il prive l’organisme de signaux biologiques essentiels.
Oxyde nitrique, vitamine D et cortisol
Le premier mécanisme majeur évoqué est vasculaire. L’exposition solaire augmente la biodisponibilité de l’oxyde nitrique. Cette molécule provoque une vasodilatation, diminue la pression artérielle et peut, par cette voie, réduire la charge cardiovasculaire globale. Quand on parle soleil, on parle donc aussi d’endothélium, de tonus vasculaire, de risque thromboembolique, d’accident vasculaire cérébral et d’infarctus.
Le deuxième mécanisme est endocrino-immunitaire. La vitamine D issue de l’exposition UVB n’est pas un simple marqueur de bonne santé, mais un acteur du signal immunitaire. Dans l’entretien, Lindqvist la décrit comme un immunomodulateur rendant l’organisme moins susceptible d’attaquer ses propres tissus. Il l’associe aussi à un meilleur pronostic en cancérologie, en expliquant qu’elle favorise la différenciation cellulaire.
Le troisième mécanisme est neurobiologique. Le soleil n’agit pas seulement sur la peau. Il agit aussi sur l’état de stress et sur la tonalité psychique. Lindqvist mentionne une baisse du stress et une augmentation de la sérotonine avec l’exposition solaire. Une baisse du stress modifie indirectement l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien. En pratique, cela touche la dynamique du cortisol, hormone clé de l’adaptation mais aussi de la dérégulation métabolique lorsqu’elle reste chroniquement élevée.
La fausse prudence des messages trop simples
Une consigne du type “évitez le soleil” paraît simple. Mais en biologie, la simplicité de la consigne n’est pas une preuve de vérité. Lindqvist insiste sur le fait que les autorités sanitaires veulent un message facile, alors que la réalité ne l’est pas. Il défend une approche plus nuancée : éviter l’excès et la surexposition, pas l’exposition elle-même.
Le court terme et le long terme ne racontent pas la même histoire. À court terme, un excès d’UV peut provoquer érythème, dommages de l’ADN, inflammation locale et augmentation du risque de lésions cutanées. À long terme, en revanche, l’évitement systématique peut favoriser un déficit chronique d’exposition utile, surtout dans les pays à faible ensoleillement.
La supplémentation en vitamine D peut être utile, mais elle ne reproduit pas l’ensemble des effets du soleil, en particulier ceux liés à l’oxyde nitrique. Un nutriment isolé ne remplace pas automatiquement le contexte biologique complet dans lequel il est produit. La pilule ne vaut pas toujours le signal environnemental.
La vraie question
Le fond du sujet est plus inconfortable que le récit public habituel. Le soleil peut augmenter certains risques cutanés. C’est vrai. Mais l’absence de soleil, surtout dans des environnements de rareté lumineuse, peut aussi détériorer la santé vasculaire, immunitaire, métabolique et psychique. Ce qui menace la santé n’est pas seulement l’excès. C’est aussi la privation chronique d’un signal biologique fondamental.
La vraie question n’est plus de savoir s’il faut avoir peur du soleil. La vraie question est beaucoup plus dérangeante : combien de désordres modernes entretenons-nous en ayant transformé une nécessité biologique en danger à éviter ?
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