Ne dis pas que tu manges ancestral si tu cuis ton steak dans du beurre.
Ne dis pas que tu manges ancestral si ton petit-déjeuner inclut un avocat, quelques amandes, une poignée de myrtilles et une noisette de purée de noix de cajou.
Ne dis pas que tu manges ancestral si tu parles de macros sur fond de smoothie collagène-maca-cacao.
Parce que là, il faut qu’on arrête deux minutes.
Tu veux parler d’ancestral ? Très bien. Mais commençons par la base : quels aliments nos ancêtres avaient-ils réellement à disposition ? Quels produits un humain de l’ère paléolithique — celui que tu prétends imiter — pouvait-il voir, toucher, mâcher, digérer ? Parce que si tu ne sais pas répondre à cette question simple, la discussion s’arrête là. Tu ne fais pas un régime ancestral. Tu fais un régime moderne, marketé “roots”, monté sur Instagram, avec filtre sépia.
Le beurre : né bien après le feu
Le beurre n’a rien d’ancestral. Il apparaît avec la sédentarisation, la domestication animale, et l’usage de barattes rudimentaires. En France, les premières traces de beurre remontent aux Gaulois, vers 500 av. J.-C., mais sa généralisation n’a lieu qu’au Moyen Âge. Au Canada, il n’est courant qu’à partir du XVIIe siècle, avec l’arrivée des colons français et la mise en place d’une agriculture laitière stable.
Autrement dit : aucun chasseur-cueilleur de l’histoire de l’humanité n’a jamais mangé de beurre.
L’avocat : une blague géographique
L’avocatier est une plante tropicale d’Amérique centrale. L’avocat moderne Hass n’apparaît qu’au XXe siècle, par hybridation. Il arrive en France dans les années 1960, au Canada un peu plus tard, via l’importation mexicaine.
Aucun Européen, aucun Inuit, aucun Aborigène, aucun Sami n’a jamais vu, ni touché un avocat. Ce fruit est une anomalie logistique. Tu le manges aujourd’hui grâce à des avions, des frigos, du pétrole, du marketing californien. Tu veux l’appeler ancestral ? Sérieusement ?
Les amandes : toxiques à l’origine
Les amandes sauvages sont toxiques. Elles contiennent de l’amygdaline, qui libère du cyanure. Les versions douces que tu croques viennent d’une sélection agricole opérée dès l’Antiquité, mais cultivée à grande échelle en France seulement au XIXe siècle, et au Canada encore plus tard.
Leur accessibilité actuelle est rendue possible par l’agriculture intensive, notamment en Californie, la transformation et la pasteurisation. Nos ancêtres ? Ils n’auraient même pas pu les digérer sans tomber malades.
Le chocolat noir, le café, le thé, les bananes, l’huile d’olive…
Tu veux vraiment parler d’authenticité ? Alors parlons dates.
Chocolat : importé en Europe au XVIe siècle, avec l’arrivée des colons espagnols.
Café : introduit en France vers 1644, à Marseille.
Thé : commercialisé à grande échelle dès le XVIIe siècle, depuis la Chine.
Bananes : introduites en Europe au XIXe siècle.
Huile d’olive moderne : extraction à froid standardisée au XXe siècle.
Et les purées d’amandes, le lait d’avoine, les farines de coco, les édulcorants naturels, les barres carnivore-friendly à base de miel de Manuka et de gousses de vanille de Madagascar… Tu crois qu’on est encore dans un mode de vie ancestral ? Tu crois vraiment qu’un Homo sapiens passait sa journée à presser des graines de chia entre deux coups de sagaie ?
Le mot ancestral a un sens. Et il est brutal.
Nos ancêtres mangeaient ce qu’ils trouvaient. Du gras animal ranci, du sang chaud, de la moelle, de la peau, du cartilage, parfois des végétaux âpres, riches en tanins, des racines féculentes fermentées dans des trous de terre. Ils ne mangeaient pas par goût. Ni par macros. Ils mangeaient pour survivre. Sans blender. Sans filtre. Sans snack.
Dire que tu manges ancestral avec ton beurre de ghee sur du pain low carb à la farine d’amande… c’est comme dire que tu vis comme un loup parce que tu dors sur un tapis en peau devant Netflix.
Réfléchis.
Pourquoi as-tu besoin d’utiliser le mot “ancestral” pour valider ton assiette ? Pourquoi t’agrippes-tu à un passé fantasmé que tu n’as même pas pris la peine de comprendre ? Pourquoi ces influenceurs qui prônent “l’instinct, la biologie, la vérité du corps” ne sont pas foutus de connaître la première date d’apparition des aliments qu’ils recommandent ?
Parce que si tu n’as pas ce minimum d’honnêteté intellectuelle, tout ton discours s’écroule.
Alors pose-toi cette question, et ose y répondre dans les commentaires :
De quoi as-tu vraiment besoin ? D’un lien au vivant ? Ou d’un concept confortable qui sonne bien sur une story ?
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